—J'ignorais cela, reprit Lazare... il s'est manqué, tant pis. Si la mort n'en a pas voulu, c'est que le malheur a des vues sur lui. Il est mûr de bonne heure.
—Marie aussi a tenté le suicide, fit Urbain, que le dur langage de Lazare pénétrait malgré lui, mais elle s'est manquée aussi.
—Qu'est-ce que tu aurais fait entre ces deux tombes-là? dit Lazare en regardant Urbain en face.
—Qui sait? répondit celui-ci; j'aurais creusé la mienne, peut-être.
—Ceci est un mot de mélodrame, fit Lazare avec ironie. Ta mauvaise nature n'a pas même la franchise, qui est la vertu de certains vices. Ce n'est pas toi qu'un remords empêcherait de digérer la vie. Allons donc! Entre ces deux tombes de deux êtres morts pour toi, tu aurais roulé ton lit chaud de nouvelles amours. À la bonne heure, dis-moi cela, et je te croirai. Maintenant, bonjour, je n'ai plus rien à te dire. Et Lazare sortit sans tendre sa main à celle que lui offrait Urbain.
—Ah bah! fit celui-ci, quand il se trouva seul, il est toujours le même, celui-là. Et il se rendormit tranquillement pour ne se lever qu'à deux heures de l'après-midi.
Olivier dormit toute la journée et s'éveilla seulement le soir. D'abord il ne put se rendre un compte bien exact de ce qui était arrivé. Peu à peu cependant les souvenirs lui revinrent; il se rappela son horrible nuit d'angoisses, sa rencontre avec Lazare, et le moyen employé par celui-ci pour le faire oublier; Olivier se leva, la tête encore lourde, et alla trouver Urbain, qui s'apprêtait à venir chez lui.
—Où vas-tu? lui demanda-t-il.
—Il est six heures, c'est l'angelus de l'appétit; je vais dîner, répondit le peintre.
—Où cela?