Un des savants consultés donna cependant le conseil de faire changer d'air à la malade. Elle adopta volontiers le projet d'aller s'installer dans leur château des environs de Nantua. Elle se remettrait à force de promenades dans les bois et d'excursions dans les montagnes. Seulement, quand les malles furent faites et qu'elle essaya de se tenir debout l'espace d'un quart d'heure, pour passer une robe et coiffer un chapeau, ses jambes et sa tête la trahirent, si bien qu'elle s'évanouit dans les bras de sa femme de chambre et qu'on dut tout décommander.

Un matin, le médecin de la maison constata que le pouls battait moins violemment. Il crut d'abord que la fièvre diminuait, mais il s'aperçut bientôt que ce qui diminuait, c'étaient les forces. Il prit sur lui d'avertir le mari :

— Mme Dalombre est certainement en danger, lui avoua-t-il, j'ai peur que d'un jour à l'autre elle ne me passe entre les mains.

Et, après avoir rédigé des ordonnances pour la faire dormir, il en composait maintenant pour la tenir éveillée. Le pharmacien, dont le magasin était à quelques pas de la maison des Dalombre était ainsi tenu au courant de la marche du mal ; et Gérald, qui, ne sachant à quels renseignements se vouer, avait fini par se lier tant soit peu avec lui au point de lui proposer de lui faire son portrait, venait tous les jours et même deux fois par jour aux informations.

Il pouvait juger de l'état du malade d'après la potion prescrite.

— Est-ce que ça empire? demandait-il.

— Ça va de plus en plus mal, répondait le patron.

Gérald essayait alors de deviser un instant de choses et d'autres ; puis il sortait et courait s'enfermer dans son atelier pour sangloter à son aise.

— Ah çà! est-ce qu'elle va mourir sans que je l'aie revue? se disait-il. Je suis une brute. Il y a déjà longtemps que j'aurais dû imaginer un moyen de me rapprocher d'elle.

Et il cherchait, rêvant de se présenter sous le premier prétexte qui, du moins, lui servirait à l'entrevoir un instant. Malheureusement, une femme alitée ne se montre pas à tout le monde. En outre, il était connu de M. Dalombre ainsi que des gens de la maison, puisqu'il y était déjà venu. Tout ce que les convenances lui permettaient, c'était de prendre chez le concierge des nouvelles de sa locataire. Car, à moins de s'habiller en ramoneur pour dissimuler son identité, il n'avait aucun motif plausible pour se mêler d'une façon quelconque à la vie ou même à la mort de gens avec lesquels il n'avait eu que des rapports si courts et si momentanés.