Les médecins s'épuisèrent en révulsifs et en réactifs : tout ce qu'ils obtinrent, ce fut, selon eux, d'enrayer le mal ; car, lorsque la science n'a pu détourner de vous une fièvre typhoïde, elle prétend que si vous ne l'aviez pas à temps appelée à votre secours, vous n'évitiez certainement pas une fluxion de poitrine.

Emmeline trouva là l'occasion de rendre à son sauveur tout ce qu'elle lui devait. Elle s'installa garde-malade, ne le quittant plus le jour, se relevant la nuit et aidant à le porter dans son lit quand il avait passé quelques heures dans son fauteuil.

L'esprit du vieillard était resté lucide, quoiqu'il parlât de moins en moins. Seulement, ses yeux la cherchaient toujours, et il n'aurait pas mangé un morceau de pain qu'elle ne lui eût coupé.

Elle s'efforçait de le remonter en lui répétant du matin au soir :

— Ce sont des rhumatismes. Les rhumatismes, c'est très drôle : ça change de place, ça voyage. Aujourd'hui, vous les avez dans les jambes ; demain, vous les aurez dans les bras, puis dans les épaules ; enfin, un beau jour, ils s'en iront tout à fait.

Mais ces rhumatismes ne changeaient pas de place, et le malade ne pouvait pas en changer non plus. Elle lui demandait de temps en temps :

— Souffrez-vous?

S'il disait : oui, elle répondait :

— Tant mieux, c'est une preuve que vos jambes ne sont pas mortes!

S'il disait : non, elle s'écriait joyeusement :