Comme il était en hausse, il profita d'un moment où Emmeline était allée dans sa chambre se passer un linge mouillé sur la figure, pour prier Albert d'aller mettre le verrou afin qu'elle n'entendît rien de ce qui allait se dire.
Le jeune homme devina que quelque chose de grave se préparait. Il alla fermer le verrou, puis revint auprès de son oncle.
— Veux-tu que je meure content? demanda alors celui-ci.
— Oh! mon oncle, mon bon oncle, s'écria Albert, pourquoi parles-tu toujours de mourir?
— Veux-tu que je meure content? réitéra le vieux Dalombre. Oui, tu le veux, n'est-ce pas? Eh bien, écoute-moi :
« Je te laisse toute ma fortune, peut-être plus considérable que tu ne la supposes ; mais j'ai tenu à léguer à Emmeline cette maison, qui est devenue la sienne et dont nous n'avons pas le droit de la chasser. Qu'en penses-tu, Albert?
— Je te remercie pour elle et pour moi, mon cher oncle, dit le jeune homme avec effusion. Cette donation règle tout, car ce qu'elle acceptera de ta main, elle ne l'aurait certainement pas accepté de la mienne. Tu sais comme elle est fière! Elle a toujours peur qu'on ne la prenne pour une accapareuse.
— C'est précisément ce qui m'inquiète, poursuivit le vieillard. Elle est capable, le jour de ma mort, de faire sa malle et de s'enfuir, sous prétexte qu'il ne lui serait pas permis de vivre sous le même toit qu'un garçon de ton âge. En outre, elle refusera sans doute de te priver d'une partie de ce qu'elle considérera comme t'appartenant.
— Ça, c'est bien possible! appuya Albert.
— T'imagines-tu, reprit M. Dalombre, la pauvre petite retournant dans un magasin, à trimer douze heures par jour, pour toute récompense de l'admirable dévouement qu'elle m'a montré depuis tant de mois déjà. Non, je n'emporterai pas ce remords-là.