Mais cette exclamation prenait pour Albert, qui l'avait provoquée, un tout autre sens. Il n'y découvrait que celui-ci :
« Enfin, vous allez donc me laisser un peu tranquille! »
Il n'avait certes pas compté sur un évanouissement ou quelque scène de désespoir. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle s'écriât en se tordant les bras :
« Mais vous n'avez donc pas deviné que je vous aime et vous ne voyez pas que vous me percez le cœur! »
Néanmoins, cette explosion de joie lui parut passer la mesure. Il se contint pourtant et continua sans lâcher son crayon :
— Oui, j'épouse Mlle Humbertot.
— Comme vous faites bien! dit Emmeline. Elle est si gentille et si distinguée, et, avec ça, instruite et si bonne musicienne! C'est moi qui voudrais jouer du piano comme elle!
Albert n'eut pas la force d'en entendre davantage. Il se leva violemment, lança au milieu de la chambre le carton qui soutenait le papier sur lequel il dessinait, et sans avoir égard à son oncle, dont cette sortie pouvait interrompre le sommeil, il dit d'une voix rageuse à Emmeline stupéfaite :
— Vous n'avez ni cœur, ni âme, ni intelligence. Je ne me marie ni avec Mlle Humbertot ni avec personne. Je tenais à m'assurer du degré d'a…mitié qui vous attachait à mon oncle et à moi. Je suis fixé maintenant. Bonsoir!
Il saisit son chapeau d'une main tremblante et sortit comme un homme qui, ayant pris une résolution, n'attendait que l'occasion de l'exécuter. Le fait est qu'il n'avait rien résolu du tout et que, ne sachant quelle attitude garder après cet éclat, il éprouvait simplement le besoin d'aller respirer dehors.