Elle descendit de son fiacre, dévisageant ceux qui passaient près d'elle, et commençant à se reprocher amèrement son extravagance. Depuis un an, Gustave était peut-être mort ou bloqué de nouveau pour un laps de temps déterminé. Tout à coup, elle le reconnut de loin à son flamboyant guayaquil. Il venait précisément à elle, et bien qu'elle eût la quasi-conviction qu'il ne se la rappellerait pas, au moins physiquement, l'ayant à peine vue et ne lui ayant jamais parlé, elle regrimpa dans sa voiture, se contentant d'en tenir la portière ouverte.

Elle le happa au passage par ces mots :

— Monsieur Gustave! monsieur Gustave!

Il jeta dans la voiture un regard oblique. Une femme! Que lui voulait-elle? Il y avait déjà plusieurs années que les femmes ne lui voulaient plus rien. Il hésitait donc à répondre à une invite dont il n'était pas bien sûr d'être le héros ; mais Emmeline lui souffla de nouveau :

— Montez! monsieur Gustave, j'ai à vous parler.

Il s'enfourna dans le fiacre qu'elle referma soigneusement.

— Voilà! dit-elle sans préambule, je suis blanchisseuse, je viens de faire un petit héritage ; mais pour le toucher, il faut que je présente l'acte de décès de ma mère, et je ne l'ai pas.

— Eh bien, dit Gustave, allez le chercher.

— Je ne l'ai pas, reprit-elle, parce que je ne sais pas ce que ma mère est devenue. Elle m'a plantée là il y a quatre ans. Peut-être est-elle morte, mais peut-être ne l'est-elle pas ; et si je veux toucher mon héritage, je suis obligée d'attendre encore six ans. Alors, on dressera un acte de notoriété publique, comme ça se fait toujours, et j'aurai droit à mon argent. Mais, en attendant, il faut que je trime comme une malheureuse, tandis que j'ai là de bons billets de mille qui m'attendent.

— Et, questionna Gustave, est-il pas mal gros, cet héritage?