Le contact de cette joue me brûla et, me dégageant avec violence, je me sentis devenir rouge jusqu'à la racine des cheveux. Elle se contenta de rire davantage.
—Qu'a-t-il dit? balbutiai-je, partagé entre la colère et une émotion toute nouvelle.
—Oh! rien, fit-elle. Que vous étiez mon petit amoureux.
—Moi! protestai-je, allons donc!
Je ne voulais pas que ce fût possible. L'amour qu'on exprimait devait perdre toute importance. Et puis quoi? tout serait fini par là. Pour que l'amour fût l'amour, il fallait nécessairement qu'on le gardât en soi en qu'il fît mal…
III
LE COMPLOT
Comment personne ne s'aperçut-il, quand je rentrai à la maison, que j'avais subitement changé et grandi? J'en fus presque scandalisé.
—Te voilà, toi! constata mon père qui commençait à se méfier de mes absences.
Et tante Dine me poursuivit pour m'obliger à revêtir un autre veston d'un usage plus évident. J'avais enfilé rapidement le plus beau pour ma visite à Nazzarena. C'était peut-être encore le fameux vert olive de ma convalescence, enfin convenable à ma taille après trois ou quatre années d'attente, à moins qu'on ne l'eût mis à la retraite, dans une armoire, sous le camphre et la naphtaline, jusqu'à la croissance de Jacquot. On ne me respectait nullement, alors que tout le monde aurait dû être frappé de ma nouvelle figure. Au lieu de ne penser qu'à mon aventure que, d'ailleurs, je ne parvenais pas à démêler, j'étais vexé de cette familiarité.