Avec quel mépris il prononçait le mot: ça? Je sentais qu'il se contenait, mais que des événements graves se passaient à la maison.

—Comment le saurais-je? objecta grand-père. Je ne lis jamais les journaux du pays.

—Eh bien! lisez celui-ci.

—Oh! non, merci, je ne m'en soucie pas.

—Alors, c'est moi qui vous le lirai.

—Si tu le veux absolument.

Je le vis entrer tous les deux dans le cabinet de consultation dont la porte demeura ouverte, et je n'eus garde de m'en aller. Grand-père s'assit docilement dans un fauteuil, et mon père commença de suite sa lecture. Je me crus mal récompensé de la curiosité qui me maintenait en place, car je ne compris goutte sur le moment à cet article pâteux, grisâtre et filandreux, pareil à ce fromage râpé qui se détrempe dans la bouillon d'oignon et devient une glu collante dont on ne peut débarrasser ses gencives. Il était question des élections prochaines et d'un personnage omnipotent et despotique, avide de conduire le peuple à la baguette comme il avait conduit sa maison. Après quoi, on parlait d'un grenier plein de rats, exposé à tous vents, assez bon, néanmoins, pour recevoir le vénérable vieillard qui s'y trouvait relégué et à qui l'on faisait expier sa charité sociale en le traitant avec mépris et en lui infligeant le dernier rang dans sa propre demeure. On terminait par un appel généreux à la justice et à la bonté. Pas de nom de personne, pas même de nom de lieu. Comment aurais-je soupçonné des allusions? C'était, pour un enfant, d'une perfidie trop compliquée.

—C'est tout? interrogea grand-père quand la voix irritée se tut.

—Il me semble que c'est assez.

—Oh! il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Ce sont de vagues généralités.