Je ne sais pourquoi, cette exclamation insignifiante me causa une impression désagréable.

—Vous ne venez pas nous chercher? demandai-je.

Il allait me répondre, quand nous fûmes rejoints par ma soeur Louise qu'on avait avertie. Elle le salua amicalement et s'informa des nouvelles qu'il apportait de la ville. Cependant il ne se pressait pas de répondre.

—Il y a, finit-il par dire, que Madame vous réclame.

—Madame? remarqua Louise.

—Bien, fis-je. Et pour quand?

—Ce soir, bien sûr il est trop tard pour vous descendre. Ma bête est fatiguée et la nuit est déjà là. Demain matin, de bon matin.

Pourquoi tant de hâte? A peine aurait-on le loisir de plier les paquets. J'allais protester, mais le fermier se déroba: il fallait rentrer le cheval à l'écurie et le char à la remise. Pendant son absence, je m'élevai contre un délai si court. Au fond, la perspective de quitter ces lieux me remplissait de tristesse et je retrouvais en moi-même cette désolation que j'avais ressentie dans le bois jonché de feuilles mortes. Louise ne m'écoutait pas, et je m'aperçus qu'elle pleurait. Avait-elle tant de chagrin de partir?

—J'ai peur, m'expliqua-t-elle.

Peur de quoi? Grand-père, mis au courant, manifesta comme moi peu d'enthousiasme pour le départ.