—C'est toi… c'est toi…
—Mon amie, ma chérie… dit-il avec une grande douceur.
—Tu es là, je suis contente…
Elle montra le lac d'un geste d'effroi, pour expliquer sa course:
—Je viens de là-bas. J'ai suivi la grève. Asseyons-nous, veux-tu?
Je n'ai plus de jambes. J'ai eu si peur.
Elle ne se lassait pas de le regarder. Il retrouvait à sa vue l'ancien enchantement. Le paysage d'automne les entourait de sa volupté fragile. Sur les ruines, l'amour vainqueur se dressait.
Éperdument ils goûtaient un bonheur que tous deux savaient condamné.
Dès lors ils ne parlèrent plus du passé. Lui attendait une réponse à sa lettre. Elle n'osait plus l'interroger, mais redoublait de charme afin de lui plaire. Ce charme s'était modifié. Il n'avait plus rien de provocant ni de perpétuellement agité. La crainte de perdre son amant l'avait rendue humble et soumise, toute faible et tendre. Elle recherchait les conversations, les lectures qu'il préférait. Elle devinait au piano sa musique de prédilection. Lui- même ne la traitait plus qu'avec bonté. De ce renouveau de paix affectueuse, tous deux ne jouissaient qu'avec gêne. Leur accord était sans gaieté, sans conviction, sans confiance.
Le 2 novembre leur fut particulièrement cruel. Afin de se livrer mieux à ses souvenirs de famille que le jour des Morts avivait, Maurice voulut sortir seul, mais Édith implora de l'accompagner. Il accepta sans plaisir, et tandis qu'elle se préparait, il fut l'attendre au Mont Sacré.
—Où allons-nous? demanda-t-elle en le rejoignant.