Encore ignorait-il les petits prêts à fonds perdus que lui avaient consentis, l'année précédente, sa propre mère et l'ancien magistrat.

—Père, dit la jeune fille, disposez de ma dot. Je ne me marierai pas.

—La femme est faite pour le mariage, constata la veuve.

Et Marguerite ajouta d'une voix résolue:

—J'ai mes brevets, je travaillerai. Je fonderai une école.

—Bien que les femmes, à mon idée, ne doivent pas succéder, intervint l'oncle Etienne, je dérogerai en sa faveur à mes principes. C'est à elle que je léguerai mes quarante mille francs.

—Trente mille, rectifia Léon qui évaluait sa perte.

—Non, quarante, répliqua le vieillard qui, dans la crise commune, rejetait définitivement mais péniblement son avarice. Je diminuais tout à l'heure, involontairement. Et même quarante-cinq pour finir. Je referai mon testament qui t'instituait mon héritier, François.

—Merci pour elle, mon oncle. Mais je ne toucherai à sa dot, d'ailleurs insuffisante, que s'il m'est impossible de réaliser promptement et dans des conditions acceptables la Vigie. Car la vente du domaine, si elle est possible, vaut mieux qu'un emprunt. J'y ai réfléchi. Le rendement de la terre est aujourd'hui précaire. Nos vignes, nos blés rencontrent, par la facilité des transports, des concurrences si lointaines que nous ne pouvons plus estimer leurs revenus. Je préfère assurer l'avenir de Marguerite, et permettre à mes fils d'achever le dessin de leur vie. Si je ne trouve pas à la vendre, la terre me servira toujours de caution pour emprunter.

—Nous aussi, assura la veuve, nous vous cautionnerons.