—Tu me la liras en dînant.

—Charles sera ici demain par le train d'une heure. Il ne peut arriver plus tôt.

—Je l'attendais.

—Je vous laisse, père.

La porte refermée sur Marguerite, il s'empara vivement sur la table d'une photographie d'Hubert, et considéra le portrait de son fils aîné.

"Pardonne-moi, lui disait-il intérieurement, de penser exclusivement à ton frère. Ne crois pas que je t'oublie. Tu vois, je ne suis pas libre. Demain je t'appellerai, je te parlerai, je te pleurerai. Demain, je t'appartiendrai. Ce soir j'appartiens à toute notre race."

Doucement, il replaça l'image devant lui. Et pliant sa douleur à la nécessité immédiate, il se mit au travail.

VII

JEANNE SASSENAY

Pour obéir à son père, Marguerite Roquevillard avait déposé, à titre de renseignement, au sujet de l'argent destiné à son trousseau qu'elle avait remis à son frère Maurice le soir du départ pour l'Italie, et de celui qu'elle lui avait envoyé à Orta; puis elle était rentrée chez elle en toute hâte, comme si l'éc1at donné à sa générosité la dût remplir de honte. Dans une faible mesure, elle avait pu contribuer à la défense de l'accusé, et se reprochait d'avoir montré tant de faiblesse et répondu si timidement à l'interrogatoire du président des assises. Son courage était intérieur, et s'accommodait mal des manifestations publiques. Elle déplorait sa modestie qui lui apparaissait à elle- même comme une lâcheté, et craignait d'avoir nui, par son hésitation, à la franchise de son témoignage.