—Ces jours dorés, ces jours d'automne, je sens mon coeur qui se brise. Chaque soir qui descend m'est cruel comme un bonheur qui m'est volé. Je partirai ce soir, le sais-tu?
À cette fin inattendue il tressaillit et se dégagea de son étreinte:
—Tais-toi, Édith.
—Ces jours derniers, quand je te le disais, tu croyais à de vaines menaces. Maurice, tu te trompais, je partirai ce soir.
D'autres fois, elle l'avait tenté ainsi, et toujours il avait écarté ce projet comme irréalisable, allant jusqu'à lui offrir de partir le premier, et de l'appeler à lui, dans la suite, dès qu'il aurait obtenu à Paris quelque situation. Inquiet, effaré, suppliant, devant ce nouvel assaut plus vif que tous les autres et plus immédiat, il s'efforça de la retenir encore.
—Tais-toi. Je reste, moi, et je t'aime.
Pour la troisième fois, autoritaire et exaltée, elle répéta:
—Je partirai ce soir. À minuit passe le train d'Italie. À minuit, je serai libre.
Il se tordit les mains de désespoir.
—Tais-toi.