Il écrivit en effet à ses relations les plus influentes pour leur demander sans délai une place d'un bon rapport à Paris. Lauréat de tous les concours, il comptait sur la recommandation de ses anciens professeurs de droit. Il ne s'était jamais heurté aux difficultés de l'existence et, confiant dans sa valeur, il ne doutait point de les vaincre aisément. Où lui répondrait-on? Il hésita, puis donna cette indication: Milan, poste restante.
Par ces préparatifs qui occupaient son activité, il avait réussi à tromper son regret de partir. Il le retrouva, aigu et poignant, quand il lui fallut une dernière fois passer le seuil de la maison paternelle. Il s'y glissa furtivement, fut aussitôt signalé, mais s'enferma dans sa chambre. Marguerite vînt l'y chercher au moment du dîner et le trouva la tête dans les mains, sous la lampe, si absorbé qu'il ne l'avait pas entendue frapper. Elle lui prit les poignets avec affection, et cette caresse le fit sursauter.
—Maurice, quel chagrin as-tu?
— Je n'ai rien.
—Je suis ta petite soeur et tu ne veux pas me confier tes ennuis.
Qui sait? Je ne te serais pas inutile.
Pour expliquer son air de souci qu'il ne pouvait nier, il invoqua ces prétendus embarras d'argent qu'il venait de raconter à diverses reprises. La jeune fille aussitôt l'arrêta.
—Attends une minute.
Elle s'éclipsa et quand elle reparut peu après, triomphante, elle déposa devant lui un beau billet bleu de mille francs:
—Est-ce assez? Père m'en avait donné trois pareils pour mon trousseau. Il me reste heureusement celui-là.
—Tu es folle, Marguerite. Je n'en veux pas.
—Si, si, prends-le, je suis si contente. Quelques chemises de moins ne m'appauvriront guère.