—Laissons dormir ta mère, petite. Elle saura toujours assez tôt notre peine.

IV

LA VENGEANCE DE MAITRE FRASNE

Une petite valise à la main, engoncé dans son pardessus à cause de la fraîcheur matinale, M. Frasne descendit de l'express de sept heures à la gare de Chambéry, et d'un pas rapide regagna son domicile après deux jours d'absence. À l'air emprunté de la femme de chambre qui lui ouvrit la porte, il comprit immédiatement qu'il s'était passé ou qu'il se passait quelque chose dans sa maison. C'était un homme approchant de la cinquantaine, assez bien conservé, correct, froid et distingué au premier aspect, mais dont les lèvres charnues et surtout les yeux à fleur de tête, à demi dissimulés derrière le lorgnon, causaient bientôt une impression inquiétante:

—Tout va bien? demanda-t-il malgré son fâcheux pressentiment. Et
Madame?

La servante mît dans sa réponse un imperceptible accent de raillerie:

—Madame est partie hier soir pour l'Italie avec ses malles.

—Pour l'Italie?

—Oui, monsieur.

—À quelle heure?