—Il y a contre lui des présomptions graves, précises, concordantes d'abord les facilités de sa situation à l'étude, puis sa présence hier soir, avec les clefs, après le départ des autres clercs, son manque de ressources pour entreprendre son audacieux enlèvement, et jusqu'au souci d'arrêter lui-même le chiffre de son vol, comme on fixe la quotité d'un emprunt qu'on restituera.
—Il y a pour lui d'autres présomptions, répliqua fièrement le père. D'abord sa famille. On ne ment pas à toute une lignée de braves gens. Et qui vous dit qu'il est parti sans ressources? Quand son argent à lui sera épuisé, il reviendra, j'en réponds.
Leur entretien fut interrompu par un huissier qui venait chercher l'avocat dont la Cour attendait la plaidoirie:
—Je vous suis, dit M. Roquevillard en le congédiant d'un geste.
—Mais s'il est arrêté, comment se défendra-t-il? reprit M. Vallerois. Comprenez bien que son cas est mauvais. Les preuves s'accumulent contre lui. Et dans l'hypothèse la plus favorable, pour se disculper, il faudra qu'il accuse. Le voudra-t-il? Et il passera toujours pour complice. Dans tous les cas, si vous connaissez le lieu de sa résidence, conseillez-lui d'attendre, avant de rentrer en France. Je réclamerai mollement l'extradition.
M. Roquevillard secoua la tête avec énergie.
—Non, non. Fuir, c'est avouer. Il faut qu'il revienne. Je trouverai des preuves d'innocence…
Et après un instant de réflexion où il pesa le pour et le contre, il ajouta:
—Puisque notre malheur vous touche, monsieur le procureur, m'autorisez-vous à vous demander un service, un grand service qui peut encore nous sauver?
—Lequel?