Lentement ils gravirent le Mont Sacré, qui s'élève d'une centaine de mètres au-dessus de la ville. Quand ils parvinrent au sommet, ils y trouvèrent le soir qui ajoutait une douceur secrète au grand bois de sapins, de mélèzes, de châtaigniers et de pins parasols où s'abritent de-ci de-là, sur un sol accidenté, les vingt sanctuaires de saint François d'Assise. Ces petites chapelles, édifiées entre le seizième et le dix-huitième siècle, sont toutes d'architecture différente, rondes ou carrées, avec ou sans péristyle, gothiques ou romanes, le plus souvent byzantines. Chacune d'elles renferme, en place d'autel, une scène de la vie du saint, représentée par des personnages en terre cuite, de grandeur naturelle. C'est un Oberammergau immobile. Un art candide a présidé à l'installation du pèlerinage. Ainsi les stigmates du saint lui sont donnés, par le moyen de fils qui joignent ses mains au plafond où des rayons d'or laissent deviner la présence de Dieu.

Depuis leur installation à Orta, Édith et Maurice ne passaient pas de jours sans venir au Mont Sacré. De l'hôtel du Belvédère on y accède en quelques pas. Entre toutes les chapelles, ils avaient élu la quinzième dont une tradition attribue le dessin à Michel- Ange. Elle est de forme cylindrique, avec une coupole et un pourtour supporté par de grêles colonnettes de granit. Elle leur rappelait ce Calvaire de Lémenc où leur départ s'était décidé. Les arceaux de ses voûtes légères, le long de la galerie surélevée de quelques marches, encadraient successivement toutes les perspectives du bois tantôt d'autres chapelles dans la verdure, tantôt la margelle d'un puits, et tantôt, entre les branches, un pan du ciel, un coin du lac, ou l'île Saint-Jules comparable, avec son campanile à l'avant, à quelque grand cuirassé échoué dans ce lac minuscule.

Ils se dirigèrent tout naturellement vers leur chapelle dont ils gravirent les marches. Les fûts des pins rapprochés d'eux se profilaient en noir sur le fond rougissant, et de-ci de-là, un des sanctuaires blancs se détachait sous les arbres comme une maison amie.

Elle tenait ses roses d'une main. De l'autre elle chercha l'épaule de son amant.

—C'était un beau soir comme ce soir, soupira-t-elle.

—Quand?

—Il y a un an. Tu ne regrettes rien?

Il détourna les yeux:

—Non.

—Tu ne regretteras jamais rien?