—Vous! vous! répéta la princesse, qui crut sa fille folle.
—Moi! Et j'ai eu la lâcheté de laisser renvoyer Ariadne, quand le premier de mes devoirs était de me proclamer coupable. Je l'ai vue tomber sans connaissance. J'ai entendu ses plaintes, je l'ai accompagnée jusqu'à la porte, et je n'ai rien dit. Mais si je n'ai pas parlé, ma mère, c'est qu'en ce moment-là je ne me doutais pas qu'une innocente serait déshonorée pour toute sa vie; je croyais qu'on n'y penserait plus au bout de trois mois. A ce moment, je songeais à vous, ma mère, et à mon père; je pensais au nom que je porte, et je me disais que, si votre fille était ainsi chassée, vous en mourriez tous deux de honte,—et Ariadne n'avait ni père ni mère.
Olga se tut. La princesse avait reculé de quelques pas. Toute cette scène avait eu lieu en français, et la femme de chambre, «voyant qu'on se querellait», avait pris le parti de sortir quelques instants auparavant et de ne plus rentrer.
—Vous, une Orline! répéta la princesse. Vous avez eu des rendez-vous! Vous avez soupé la nuit!...
—Au réfectoire, fit observer doucement la coupable.
—Est-il possible que vous ayez oublié à ce point ce que vous vous deviez?
—Je suis coupable, ma mère, dit Olga, et je m'accuse; mais on ne m'a jamais appris ce que je me devais. A l'institut, on nous a donné des règles banales et pédantes, bonnes pour tout le monde et pour personne; de plus, on m'a toujours répété qu'Olga Orline pouvait faire tout ce qui lui passerait par la tête. Je voyais mes désobéissances impunies; mes malices passaient inaperçues, non parce qu'on n'en avait pas connaissance, mais parce qu'on ne voulait pas me punir. C'est ici seulement, près de vous, ma mère, depuis que j'ai le bonheur de vivre sous votre égide, que j'ai appris mes devoirs et que j'ai rougi de ma faute... C'est aujourd'hui seulement, en voyant le mal que j'avais causé à une innocente, que j'ai compris que mon silence était plus qu'une faute: c'est un crime.
—Un crime! Vous n'allez pas vous dénoncer, je suppose, fit la princesse avec tout l'orgueil d'une grande dame qui méprise une plébéienne.
—S'il n'y a que ce moyen de réhabiliter Ariadne, il faudra pourtant le faire, répondit bravement Olga.