—Ma pauvre amie, dit-elle avec douceur, ton malheur te fait perdre la tête, ou bien tu n'es pas pratique. Ce système ne t'a pas assez bien réussi avec mademoiselle Ranine pour que tu l'appliques une seconde fois! Suppose qu'on ne veuille pas que ce soit arrivé... Que feras-tu?
Mademoiselle Grabinof n'essaya pas de trouver ce qu'elle ferait en pareille circonstance: elle joignit ses mains osseuses et suppliantes, et les allongea au bout de ses bras velus jusque auprès du cœur de son amie.
—Conseille-moi, ma chère Annette, je m'incline devant ta sagesse supérieure à la mienne. Je ferai ce que tu me diras.
L'amie triomphante commença une série d'exhortations et de conseils qui se prolongea jusqu'à la fin des classes.
—Et maintenant, conclut Annette au moment où un grand brouhaha, s'élevant de partout à la fois, annonçait le départ des professeurs, va lever les plans de bataille.
Les deux bonnes amies s'étreignirent avec la confiance et la tendresse de deux belles âmes liguées pour une grande cause, et mademoiselle Grabinof, semblable à une biche effarée, se hâta de descendre vers l'étage inférieur.
V
Le dortoir de la première classe était plongé dans le calme du premier sommeil. Les lits blancs sans rideaux, drapés dans leurs housses immaculées, s'allongeaient à la file dans la haute salle éclairée aux deux extrémités par des lampes-veilleuses suspendues devant les images saintes. Les corps souples et gracieux des jeunes filles se dessinaient à peine sous les couvertures, et les têtes brunes ou blondes, recevant toutes la même clarté indécise, perdaient leur personnalité dans ce vague crépuscule.