—Avez-vous adoré quelque professeur de musique?

—Non, répondit la jeune gourmande; j'ai adoré notre diacre l'année dernière; il était si beau avec ses longs cheveux châtains bien ondés sur ses épaules! il ressemblait au Christ qui est sur la porte de l'iconostase, vous savez! Et puis il avait une manière si imposante de dire à la messe: «Priez le Seigneur!» Ça me résonnait là!

La jeune fille mit la main, non sur son cœur, mais sur ce qu'on appelle vulgairement le creux de l'estomac. C'est peut-être là que, toute sa vie, elle était appelée à ressentir les plus fortes impressions.

—Et maintenant? continua l'amoureux, non sans un peu de jalousie.

—Maintenant, naturellement, c'est vous que j'adore!

Une semblable assertion en un pareil moment méritait bien quelques paroles de tendresse qui ne se firent pas attendre.

Cependant, ces jeunes gens dont le plus âgé n'avait pas vingt ans, avons-nous dit, ces jeunes filles que leur genre de vie livrait pieds et poings liés à la séduction, ne franchissaient pas les limites d'une gaminerie un peu forte. Ils étaient amenés là non par un amour idéal, non même par un entraînement moins pur, mais simplement par révolte contre la loi, la règle, par amour du fruit défendu, par plaisir de tromper qui de droit. C'était le triomphe de la perversité, mais de la perversité enfantine.

—Il est temps de remonter, dit Olga; c'est l'heure où madame Banz éternue.

Il fallut expliquer comment madame Banz éternuait,—ce qui prit quelques minutes,—puis on se fit des adieux, plus légers que tendres. Les jeunes filles bâillaient sans se gêner, la politesse seule empêchait les messieurs d'en faire autant.