La cloche sonnait, la noble délinquante serra vigoureusement dans ses bras la Grabinof stupéfaite, lui passa au poignet un cercle d'or qu'elle venait de détacher de son bras, et, dans sa précipitation, ne manqua point de pincer dans le fermoir un peu de la peau sèche et flasque de la dame de classe. Un petit cri de douleur, un autre petit cri d'effroi, des excuses, des baisers, quelques promesses, et, avec une précipitation fiévreuse, toutes les demoiselles s'élancèrent dans le promenoir, où le professeur, chauve et majestueux, apparaissait déjà, prêt à franchir le seuil de la classe.

—Ranine, où est Ranine? Elle a oublié l'heure, crièrent quelques voix compatissantes.

La Grabinof jeta un coup d'œil autour d'elle, s'aperçut qu'Ariadne manquait, et resta un quart de seconde la main sur la poignée de la porte. Fallait-il l'envoyer chercher? Son regard indécis tomba sur le bracelet d'or, symbole de fidélité et de vasselage. On ne sait quelle pensée diabolique traversa le cerveau de la vieille fille, mais elle poussa la porte et alla s'asseoir tranquillement à sa place, avec l'inévitable couvre-pieds qui gagna très-vite quelques rangées de plus.

Pendant que le professeur faisait au tableau une démonstration compliquée, la plus jeune des Grâces dit à l'oreille d'Olga:

—Est-ce que tu vas leur faire dire de ne pas venir?

—Mon Dieu, que tu es bête! fut toute la réponse qu'elle put obtenir.

—Adieu le champagne! soupira la seconde, qui aimait les douceurs.

—Pourquoi donc? répondit fièrement l'aînée: nous irons demain soir. Madame Banz dort comme une marmotte; et elle ronfle, encore!

—Je n'irai pas! murmura la faible jeune fille.

—Sotte! répondit son aînée. J'irai, moi!