Madame Batourof resta silencieuse un moment, puis prit rapidement son parti.
—Venez, messieurs, il ne faut pas que le règlement soit violé plus longtemps. C'est moi qui vais vous faire ouvrir la porte, car on ne doit pas croire ici que la supérieure peut être trompée. Elle ouvre et ferme les yeux quand il lui plaît.
Se dirigeant aussitôt vers la porte qui reliait le réfectoire aux communs, elle appela d'une voix forte:
—Quelqu'un!
Le soldat de garde se présenta aussitôt, défait, blême et tremblant.
—Reconduis ces messieurs, dit la supérieure, et viens me parler demain matin. Messieurs, vous voudrez bien rester au régiment comme si vous gardiez les arrêts, jusqu'au moment où je vous ferai savoir ce que j'aurai décidé.
Les trois officiers s'inclinèrent profondément devant madame Batourof, qui leur répondit par un bref signe de tête, puis ils sortirent, et elle resta seule avec Groucha au milieu de la salle.
—Dieu m'a épargnée pour cette fois, dit-elle en faisant le signe de la croix; au moins n'ai-je pas vu mes filles dans leur honte. Groucha, il faut que je sache leurs noms demain matin. Informe-toi!
La supérieure, soutenue par sa servante, parcourut encore une fois les corridors, gravit l'escalier et se livra à des investigations prudentes dans les dortoirs. Tout était dans un ordre parfait. Une odeur d'éther assez prononcée régnait aux abords de la chambre de mademoiselle Grabinof, mais les dames de classe sont souvent nerveuses, et cette odeur n'avait rien d'insolite à l'institut. La supérieure passa outre et rentra chez elle, l'esprit chagrin.