Madame Grabinof lui présenta un verre avec quelques gouttes d'éther et la reconduisit jusqu'à son lit, la prévenant que, si elle se sentait encore malade, elle n'avait qu'à venir la trouver, attendu qu'elle laisserait sa porte ouverte toute la nuit et serait sur pied au moindre bruit. Cet avertissement charitable fut le meilleur de tous les calmants pour mademoiselle Olga, car, à peine seule au milieu du dortoir endormi, elle se mit à rire en pensant à la sotte figure que devaient faire les trois jeunes gens en bas. Ses deux compagnes furent bientôt auprès de son lit pour obtenir des détails de son escapade; elle leur raconta sa déconvenue.
—De sorte qu'il n'y a rien à manger, soupira l'estomac sensible; tu avais promis de nous apporter quelque chose!
—Si tu veux que j'aille te chercher des gouttes calmantes, répondit Olga, il y en a encore dans le flacon de mademoiselle Grabinof!
Dix minutes après, tout le monde dormait dans le dortoir, excepté Ariadne, qui réfléchissait à son triste avenir. Ces petites scènes nocturnes ne la troublaient pas; il y avait bien longtemps qu'elle avait pris l'habitude d'être le témoin impassible et muet.
X
Le lendemain matin, en s'éveillant, l'institut tout entier apprit qu'on avait trouvé «du monde» au réfectoire, la nuit.
Le panier de gourmandises était resté à l'abandon, et le premier qui l'avait trouvé se l'était approprié, non sans se demander d'où il venait. Le soldat de service, sûr d'être renvoyé et puni par-dessus le marché, avait réclamé au moins quelque petite consolation sous forme de victuailles, et l'avait obtenue. Aussi, quand la directrice se souvint de cette pièce de conviction et l'envoya demander, il se trouva qu'il n'était jamais entré de panier semblable dans l'institut; au moins, personne ne l'avait vu.
Qui parla le premier de cette aventure? Comment le bruit courut-il de couloir en couloir? Nul ne saurait le dire, mais, à sept heures du matin, les Trois Grâces savaient à n'en point douter que leur secret était découvert.