--Eh bien! cette curiosité, qu'en faisons-nous? lui dit la princesse avec bonté, voulant pallier ce que les paroles de son frère avaient eu de blessant.
Dosia, les yeux toujours baissés, reprit l'enveloppe, rompit le cachet et sortit du pli une jolie petite carte d'invitation, au nom de mademoiselle Dosia Zaptine.
On s'attendait à une explosion de joie, et la princesse ramenait déjà autour d'elle la dentelle de sa robe, pour la soustraire à l'expansion tempétueuse de sa jeune amie... Il n'en fut rien. La jeune fille lut jusqu'au bout, retourna la carte pour s'assurer qu'il n'y avait rien derrière, et sans témoigner d'autre émotion la remit dans son enveloppe.
La princesse jeta à son frère un regard qui voulait dire: tu lui as gâté son plaisir. Platon sentit le reproche mérité.
--Savez-vous patiner, mademoiselle Dosia? dit-il d'une voix grave et moelleuse que ni Pierre ni même sa soeur ne lui avaient connue jusque-là.
La jeune fille leva sur lui ses yeux attristés.
Pierre lui coupa la parole.
--Elle patine, dit-il comme un patin anglais, première marque. On la dirait née pour cela.
--D'abord vous, riposta prestement Dosia, nous n'en savez rien.
--Je vous demande humblement pardon, ma cousine, je vous ai vu patiner, il y a de cela une dizaine d'années....