XX

Une après-midi, Platon arriva tout soucieux chez sa soeur et la pria de passer avec lui dans son cabinet de travail, pièce sérieuse et sombre où Dosia ne pénétrait jamais.

--Qu'as-tu? lui dit Sophie inquiète; est-il arrivé quelque malheur?

--Rien qui nous concerne directement, répondit Sourof, mais si la nouvelle est vraie, elle aura pour résultat de changer nos habitudes...

--N'est-ce que cela? fit Sophie en respirant plus librement.

--Quand je dis nos habitudes... il y a des habitudes de coeur qui sont difficiles à rompre... Au fait, voici ce que c'est. D'après un bruit qui m'est arrivé ce matin, Mourief aurait joué, avec un personnage peu scrupuleux, dans une maison... une vilaine maison..., et il aurait perdu, sur parole, une somme énorme.

Sophie pâlit et s'assit dans un fauteuil; elle prit son mouchoir, le passa deux fois sur ses lèvres, puis croisa ses mains sur ses genoux et réfléchit.

Platon ne s'attendait pas à tant d'émotion; surpris, il s'approcha de sa soeur et lui prit la main. Il allait faire une question que la délicatesse retenait encore sur ses lèvres, lorsqu'elle le prévint.

--Je l'aime! dit-elle simplement en levant ses yeux honnêtes sur le visage ému de son frère.

--Je te demande pardon, ma soeur, répondit Platon, vivement touché de cette franche parole è ce moment difficile. J'aurais dû garder cela pour moi et m'informer...