Mourief pâlit et se troubla visiblement.

--Ce n'est pas mon affaire. Vas-y sur-le-champ. Quand tu auras fini avec elle, passe chez moi; j'ai à te parler de la part du colonel...

Pierre fit un effort et se redressa; son visage n'exprimait plus qu'une résolution inébranlable.

--J'aime mieux cela, dit-il. D'ailleurs, j'avais déjà pensé à causer avec toi.

--En quittant ma soeur, viens me trouver; je t'attends chez moi.

--Bien! dit Pierre. A tantôt.

Il toucha sa casquette et partit. Platon le regarda aller, haussa les épaules, puis rentra chez lui et se mit à lire le journal.

Mourief gravit tout d'une haleine l'escalier de la princesse. Il était de ceux qui abordent franchement les situations périlleuses.

Il fut introduit dans le cabinet de travail, où il n'était jamais entré. Le jour baissait; une seule lampe éclairait la haute pièce tapissée d'un vert foncé, presque noir à la lumière. La pâleur de la princesse l'émut douloureusement; Il n'avait pas supposé qu'elle serait instruite de cette affaire. Mais il n'était plus temps de reculer.

--Asseyes-vous, monsieur, dit la princesse sans lui tendre la main.