--Ah! voilà! Que lui ai-je dit? fit la jeune fille d'un air distrait. Et lui, qu'est-ce qu'il t'a dit? reprit-elle avec plus de vivacité.
--Il m'a dit qu'il n'avait rien compris à ce que tu lui avais dit, répliqua la princesse en riant. Si tu trouves que ce n'est pas assez net, ne t'en prends qu'à toi-même.
Le visage de Dosia s'éclaira; ses dents blanches brillèrent un instant, puis elle redevint sérieuse, ou plutôt distraite.
--Je lui ai dit que je ne comprends pas comment on peut être assez malheureux pour avoir envie de m'épouser, fit Dosia après un silence.
--Alors, c'était une vraie demande en mariage? demanda la princesse en s'efforçant de ne pas rire.
--Oui, répondit Dosia; s'il l'a pris pour une impertinence, cela veut dire que j'ai compris sa proposition; et s'il l'a pris pour une boutade, c'est que je ne l'ai pas tout à fait comprise. N'est-ce pas clair?
--Pas trop, fit la princesse riant toujours.
--C'est toujours aussi clair que son discours à lui! "Mademoiselle, les liens du mariage sont aussi sacrés qu'insolubles. Heureux celui qui trouve dans ce désert du grand monde l'épouse qui doit couronner son foyer et embaumer sa vie! Si je pouvais être celui-là, je m'estimerais è jamais heureux."
--Voyons, Dosia, il ne t'a pas dit cela! s'écria la princesse.
--A peu près! Si je me trompe, ce n'est pas de beaucoup. Tu vois qu'à une demande aussi amphigourique je ne pouvais pas faire d'autre réponse.