Sophie le regarda non sans quelque surprise. La jeune fille rougit et se mit à jouer avec les flacons de la toilette.

--Que décides tu à propos de Minkof? demanda la princesse qui avait achevé de natter ses cheveux.

--Je ne sais pas, je demanderai è ton frère ce qu'il en pense, dit Dosia, qui devint toute rouge: il est de bon conseil.

Elle embrassa la princesse et disparut.

Le lendemain, Platon fumait paisiblement une cigarette, lorsqu'il vit apparaître Dosia dans l'écartement des rideaux de la salle à manger. La princesse s'habillait pour sortir; l'heure était bien choisie.

--Mon Dieu! dit Platon en souriant, que vous êtes donc sérieuse, ma cousine.

Depuis les fiançailles de Pierre avec Sophie, il traitait moins cérémonieusement la jeune fille et l'appelait souvent ma cousine, en plaisantant.

--C'est qu'il s'agit de chose sérieuses répondit Dosia.

Elle s'assit en face de lui. La table les séparait. Un rayon doré de soleil d'avril glissait à travers la triple armure des rideaux et caressait la jeune fille, s'arrêtant sur une boucle de cheveux, sur un pli de la jupe lilas tendre... Elle était elle-même avril tout entier,--pluie te soleil, caprices, promesses, grâce mutine et parfois rebelle... avril qui s'ignore et se laisse mener par le baromètre.

Le baromètre allait être Platon.