Personne ne souffla mot, durant le trajet, dans les deux équipages. Chacun avait trop à faire avec ses propres pensées. Les cochers n'avaient pas eu besoin d'ordres pour mettre leurs équipages ventre à terre, tandis que les yeux des promeneurs suivaient la trace du passage de Dosia marquée par un filet d'eau non interrompu dans la poussière.
Enfin les chevaux hors d'haleine s'arrêtèrent devant le perron.
Malgré la hâte générale, Platon fut le premier dans la salle à manger, et le premier objet qui frappa ses yeux fut Dosia, déjà déshabillée et revêtue d'un grand peignoir de flanelle appartenant à sa mère.
Elle était debout, très-pâle et tremblant de froid. La masse de ses effets mouillés gisait sur le plancher devant elle.
--Je n'ai pas pris la pine de monter, maman, dit-elle en voyant sa mère: on m'a mis vos habits. Voyez comme c'est drôle!
Elle riait, mais ses dents claquaient, quoi qu'elle en eût.
On la coucha sur un canapé; on la roula dans une chaude couverture malgré ses protestations, et le samovar, grâce aux soins des domestiques intelligents apparut aussitôt. Dès la seconde tasse de thé bouillant, Dosia cessa de trembler, et la couleur revient à ses joues.
Alors madame Zaptine, jusque-là fort inquiète, entama un sermon.
--Maman, dit la jeune fille, en lui coupant peu cérémonieusement la parole, mon père m'a enseigné qu'il faut toujours secourir son semblable, même au péril de sa vie; or, il n'y avait aucun péril. Bayard connaît le gué comme pas un;--nous l'avons passé cent fois à nous deux.
--Et la fluxion de poitrine, malheureuse enfant?