En trois enjambées il franchit la distance qui le séparait de la porte et se trouva en présence de Dosia. Vêtue de laine blanche, elle s'était pelotonnée dans un grand fauteuil; une ombrelle doublée de rose protégeait sa jolie tête un peu pâle contre les rayons du soleil déjà brûlant.
--Vous ne ressentez aucun mal? dit Platon d'une voix aussi rauque que s'il avait subi l'immersion de la veille. Il n'osait avancer la main vers celle de la jeune fille.
--Je n'ai rien du tout! j'ai dormi comme un loir! Il n'est rien de tel qu'in bain froid pour faire dormir!
--Mais à cette époque de l'année...
--Dans quinze jours, tout le monde se baignera par partie de plaisir! J'ai un peu devancé l'usage, voilà tout! Il n'y a pas là de quoi fouetter le plus petit chat.
Elle se tut et baissa les yeux. Il la regardait comme on regarde un trésor perdu et retrouvé soudain.
--Avez-vous pris votre café? dit-elle pour rompre le silence qui se prolongeait.
--Non!
--Faites-vous apporter votre tasse ici, nous déjeunerons ensemble.
Platon obéit. L'instant d'après un petit domestique apportait un guéridon avec le plateau du déjeuner.