--J'avais dans l'esprit, continua-t-il, un idéal de perfection chimérique; je voulais vous obliger à lui devenue semblable... J'ai eu tort: toute créature a ses instincts, ses sentiments, ses impressions qui lui sont propres et qui lui font une originalité;--vous ne pouviez pas...

--Etre pareille à Sophie? interrompit Dosia avec un soupir. Oh! non!

Elle retira sa main que Platon essayait timidement de retenir, poussa un second soupir et détourna les yeux.

--Telle que vous êtes, Dosia reprit Platon, vous êtes bonne et charmante; vous méritez l'estime et l'affection de tous... et vous l'avez.

Un regard interrogateur, habitude de malice ou de coquetterie, glissa entre les paupières de la jeune fille, puis retomba. Elle rougit.

--Je tines plus à l'estime de quelques-uns, dit-elle, qu'à l'estime de tous.

--L'un n'empêche pas l'autre, dit Platon. Vous m'avez inspiré un sentiment profond, que j'ignorais avant vous et qui changera ma vie....

Il s'interrompit ému: ses yeux, fixés sur le visage de la jeune fille, en avaient dit plus long que ses paroles. Elle se souleva brusquement dans son fauteuil et s'assit toute droite.

--J'ai honte, dit-elle d'une voix basse, mais ferme, j'ai grande honte, monsieur Platon, d'avoir volé une estime que je ne mérite pas. Vous m'aimez pour ma sincérité, pour ma franchise,--car d'autres qualités, je ne m'en vois guère! Et bien, cela aussi est de ma part hypocrisie et mensonge. J'aurais dû vous le dire il y a longtemps, mais vous étiez parfois sévère; je me disais: A quoi bon parler de toi à quelqu'un pour qui tu n'es rien?... J'avais tort, je le vois aujourd'hui.

Platon l'écoutais indécis. Une lueur de joie indicible filtrait dans son âme, mais il n'osait y croire.