--J'ai donné mes ordres à Pluton et je suis allée m'asseoir près de la fenêtre avec mon ouvrage. Comme Lucrèce ne se réveillait pas, j'ai toussé un peu. Elle ouvre les yeux, se retourne, et tout près d'elle, couché sur mon lit, à ma place, elle voit la figure noire de Pluton qui la regardait en tirant la langue. Il avait chaud, tu comprends, sous ce châle... Si tu savais comme elle a crié!

Je riais de si bon coeur, que Clémentine devint toute triste.

--Oui, oui, dit-elle, c'est très-drôle, mais elle a appelé maman, qui est venue; on a voulu battre mon Pluton! Il s'est levé, il a déchiré ma camisole, il a grogné, montré les dents, et maman a décidé qu'on l'enverra à la métairie que nous avons à cinquante verstes d'ice... l'exil! pauvre Pluton!... Et moi, que vais-je devenir? On rosse Bayard, on exile mon chien, et tu t'en vas!

Elle recommença de pleurer, et cette fois je ne lui offris pas de mouchoir: j'étais ému de sa douleur sincère, bien qu'il fût difficile de reconnaître la part qui m'en revenait entre son cheval et son chien.

Elle sauta à bas de son banc, tenant toujours sa robe un peu relevée, de crainte des grenouilles. Ses jolis petits pieds, chaussés d'étroites bottines mordorées, brillaient comme du bronze sur le vieux pavé.

--Emmène-moi! dit-elle. Je ne veux pas rester ici!

--Mais, ma chérie!... lui dis-je.

--Emmène-moi! dit-elle en frappant de son petit pied doré.

--Je ne puis pas ainsi...

--Enlève-moi! on enlève les jeunes filles dans les romans, et on les épouse. Tu m'amèneras à tes parents; ils me connaissent bien! Ton père m'aime beaucoup. Enlève-moi!