--Oh! il n'y a pas de danger! fit-elle en secouant le tête. Pourquoi veux-tu que ces gens aillent raconter chez nous que je me promène avec toi sur la route! Et puis, quand ils le diraient, on croirait que c'est une de mes folies.

C'était vrai pourtant! mon excellente tante était si loin de me soupçonner, que, lui eût-on dit que je fuyais avec sa fille sur la route de Pétersbourg, elle n'eût pas daigné y attacher d'importance.

Cette pensée m'avait amoindri à mes propres yeux. Nous traversions une forêt peu éloignée de la maison de ma tante; il n'y avait plus de paysans sur la route, le soleil était couché, les rossignols chantaient à plein gosier dans le taillis, mon Finnois dormait comme un loir;--je me sentis plein d'audace, et je résolus de profiter des avantages que me donnait ma situation.

--Cher ange... dis-je à Clémentine en me rapprochant, non sans une infinité de précautions.

Clémentine fouillait dans sa poche avec une inquiétude évidente.

--Qu'y a-t-il? lui demandai-je en interrompant mon bel exorde.

--J'ai oublié mon porte-monnaie! fit-elle avec désespoir.

--C'est un détail. Combien y avait-il dans ton porte monnaie?

--Soixante-quinze kopecks, répondit-elle en tournant vers moi ses grands yeux pleins de trouble.

--Ce n'est pas une fortune; ma mère te donnera un autre porte-monnaie, lui dis-je par manière de consolation.