--Eh bien, dit-elle, que penserait-on de moi? Il faut que tu me ramènes au perron.
--Mais on me demandera des explications.
--Dis ce que tu voudras: la vérité, si tu veux.
Elle se rencogna, maussade. Chose très-singulière, nous n'étions plus fiancés, et nous n'avions pas cessé de nous tutoyer. A vrai dire, c'était une habitude de nos jeunes années, que nous avions eu beaucoup de peine à perdre: on n'est pas cousins pour rien.
La tarantas s'arrêta devant le perron, à l'ébahissement général de toute la maisonnée, accourue au bruit des roues. Ma tante dominait toute la famille de sa haute stature, exhaussée de sa maigreur phénoménale.
--Mon Dieu, Pierre, qu'est-ce qu'il y a? s'écria la digne femme bouleversée.
--Ma cousine m'avait fait un bout de conduite, je vous la ramène.
Clémentine descendit prestement et s'enfuit dans sa chambre pour éviter les reproches de sa mère sur son manque de convenance.
--Elle t'a dérangé de ta route, Pierre, me dit mon excellente tante; pardonne-lui, c'est une enfant mal élevée.
--Je n'ai rien à lui pardonner, ma tante, répondis-je de mon mieux: mais il est bien vrai que c'est une enfant.