--Un mois? Mon Dieu! que ferai-je pendant tout ce temps-là?
--Que faisiez-vous au temps chaud? dit la princesse avec une douce raillerie.
--Dans ce temps-là, répondit Pierre, je ne vous connaissais pas; je n'étais bon à rien.
--Je vous laisserai des livres.
La voix de la princesse avait imperceptiblement baissé pour dire ces mots... Le silence régna un moment sur le banc.
Il est tard! dit tout à coup la princesse. Allons! messieurs, il est temps de rentrer.
Les jeunes gens accompagnèrent les dames jusqu'au logis de Sophie. On prit gaiement une tasse de thé, et l'on se sépara.
--Platon, dit tout à coup Pierre pendant qu'ils regagnaient la caserne, ta soeur est admirable. Je n'ai jamais vu de femme pareille, si sensée, si pratique et si bonne.
--Il n'y en a qu'une au monde, répondit Platon en souriant, comme il n'y a qu'une Dosia Zaptine. Seulement, ma soeur n'a pas de prophète, elle n'a que des adorateurs.
Pierre baissa la tête comme s'il avait reçu une semonce et ne dit plus rien.