--J'aime quand vous me grondez... dit-elle d'une vois extraordinairement harmonieuse.
--C'est pour cela que vous faites tant de...
Platon s'arrêta; il sentait qu'il allait trop loin, que rien ne justifiait son agression.
--Non... c'est que vos gronderies sont la preuve que vous vous intéressez è moi, reprit Dosia avec une candeur qui désarma le censeur farouche; depuis que j'ai perdu mon père, personne ne m'aime assez pour me gronder... La princesse et vous, seuls, avez ce courage... Je sens ce que vous faites; oh! oui, je le sens... et je vous en remercie.
Elle fondit en larmes et n'acheva pas sa phrase. Un mouvement dans l'air qui l'environnait, un frôlement de soie et le frémissement du rideau qui retombait sur la porte indiquèrent à Platon qu'elle avait disparu.
Le jeune capitaine resta troublé. Certes, il s'intéressait à elle! Oui, il l'aimait assez pour la vouloir parfaite, pour la corriger... il l'aimait asses pour la vouloir aimée et respectée de tous!
L'ombre de Pierre Mourief parut dans la porte;--elle était déjà dans la pense de son ami.
La princesse entrait avec lui pour le thé.
Dosia reparut presque aussitôt, et prit sa place devant le plateau chargé de tasses. Ses yeux brillaient d'un feu adouci; une légère teinte de rose plus accentuée sur les pommettes indiquait son émotion récente.
Elle combla la princesse de prévenances et de câlineries pendant le cours de la soirée, évitant même de regarder du côté de Platon. Mais celui-ci sentit jusqu'au fond de son âme ces caresse et ces expressions de tendresse reconnaissante qui s'épuraient en passant par sa soeur avant d'arriver jusqu'à lui... Et ce soir-là il fut presque maussade avec Mourief.