Elle leva sur lui ses yeux creusés par la souffrance physique et morale.
Au moment où tout est si beau, où nous n'avons plus qu'à être heureux, voir la vie m'échapper... Quelle dérision amère!
Dournof couvrait de baisers les petites mains fiévreuses de sa fiancée.
--Si tu ne souffrais pas lui dit-il à voix basse, je ne serais pat ici!
--C'est vrai, répondit-elle avec amertume; j'aurais épousé Titolof. Ah! s'écria la pauvre enfant, je ne sais pourtant pas méchante! Qu'ai-je fait pour tant souffrir?
--Dieu châtie ceux qu'il aime! dit la voix grave de la Niania, qui venait d'entrer en silence. Tu as mal fait, ma fille, de porter la main sur toi-même. Quand tu as voulu mourir, tu as offensé le Seigneur. Ton mal est le châtiment qu'il t'envoie!
--Mais elle guérira, Niania, elle guérira! reprit Dournof en regardant la vieille femme d'un air de supplication.
--Non, dit Antonine, je ne guérirai pas. Dieu n'est pas le jouet de nos caprices. Je lui ai demandé la mort comme un bienfait, il me l'a accordée...
Elle inclina la tête sur ses mains jointes et s'absorba dans ses pensées.
--Que son nom soit béni! dit-elle enfin. Maintenant je ne dois plus penser qu'à obtenir mon pardon.