Les yeux de Marianne, venant en aide à les paroles, se posèrent sur Dournof avec une émotion discrète. Le président resta immobile, et son regard ne quitta pas le tapis.

--Je sais tout ce que je vous dois, reprit Marianne, et je ne serai point ingrate. J'ai beaucoup réfléchi depuis quelques années, et je me suis dit que vous n'étiez pas seul responsable de ma... mon erreur.

--Vraiment? répondit Dournof d'un ton glacé, vous avez trouvé cela? Vous êtes bien bonne.

Sans relever l'ironie de ces paroles, Marianne continua, les yeux baissés, cette fois.

--Oui... j'étais trop jeune peut-être... dans tous les cas, trop enfant; je n'ai pas su apprécier votre mérite: votre sérieux m'a paru de la froideur; votre dignité, de l'orgueil... Vous étiez trop grave pour moi...

--Comme elle ment! pensa Dournof en se rappelant les premiers jours de leur union, où, enivré par la grâce et la beauté de cette charmante femme qui semblait l'adorer, qui l'adorait même sincèrement, il ne songeait guère à garder son sérieux et sa dignité près d'elle. Mais il continua de se taire.

--Et pourtant, reprit Marianne, je vous ai passionnément aimé; oui, malgré votre sourire sarcastique, je vous ai aimé, vous le savez bien!

--Pourquoi avez-vous cessé! demanda Dournof d'un ton tranquille.

--Parce que... parce que vous avez été trop dur pour moi, s'écria Marianne avec véhémence, parce que vous n'aimiez pas ce que j'aimais, parce que vous n'avez cessé de contrarier mes goûts, parce que mes amis devenaient vos ennemis.

--Vous choisissiez bien vos amis, en effet, interrompit Dournof, en regardant fixement sa femme. Devais-je, en vérité, en lui faire les miens?