--Eh bien, vois-tu, monsieur Karzof, de peur que notre fille ne s'amourache de quelque godelureau, je crois qu'il faudrait la marier sans retard. Elle a dix-neuf ans, il n'est que temps.
--Je veux bien, dit M. Karzof. Mais à qui?
--Ah! voilà! fit la mère en réfléchissant plus profondément que jamais, et en magnétisant de son regard la robe de chambre indifférente. C'est à toi de chercher; dans tes bureaux, tu dois avoir quelqu'un... il ne manque pas de célibataires dans les ministères...
--Oui, répliqua Karzof, mais ils n'ont pas de fortune.
--Les jeunes! mais les vieux?
--Est-ce que tu marierais Antonine à un vieux? fit M. Karzof d'un air éminemment dubitatif.
Combien as-tu de plus que moi? rétorqua victorieusement son épouse, en se tournant vers lui.
--Dix-huit ans, je crois... répondit le brave homme.
--Eh bien! est-ce que je t'ai rendu malheureux?
--Non, certes, oh! non! s'écria Karzof;--mais ce n'est pas la même chose, ajouta-t-il aussitôt avec justesse.