--Non, non, va-t'en, répéta Antonine avec angoisse. Pas ici! pas maintenant! va t'en.

Il lui pressa la main et se perdit dans la foule. Aussitôt la pelisse retomba des épaules glacées de la jeune fille. Par instants elle sentait un frisson mortel la secouer de la tête aux pieds, une sorte de chatouillement étrange lui serrer la poitrine; elle ouvrit la bouche pour respirer, et l'air glacé entra largement dans ses poumons.

--C'est cela, se dit-elle avec une joie funèbre en sentant la fièvre la parcourir tout entière. C'est la mort clémente qui vient me délivrer.

--Les voici! cria madame Karzof en se précipitant vers la porte. Suis-moi, Nina!

Il s'écoula encore quelques minutes avant qu'ils fussent casés dans leur voiture. Ils partirent enfin. Antonine se retira sur-le-champ dans sa chambre, prétextant la fatigue, et trouva sa Niania qui l'attendait.

--J'ai vu ton ami, dit-elle; il a été bien heureux; il est allé au Cirque...

--Je le sais, je l'ai vu, répondit Antonine.

--Quelle voix singulière tu as! dit la Niania effrayée. Comme tu es rouge! est-ce que tu n'as pas pris froid?

--Moi! quelle idée! Va me chercher du thé.

La Niania revint avec une tasse de thé bouillant que la jeune fille but d'un trait.