--Pourquoi l'aimerait-elle? T'en a-t-elle reparlé?
--Non, c'est-à-dire que, depuis que nous sommes allés au Cirque, elle ne m'a plus ouvert la bouche à son sujet.
--C'est qu'elle n'y pense plus! Madame Karzof secoua la tête négativement.
--Antonine, à ce que je vois, n'est pas fille à oublier ainsi cet homme qu'elle m'a suppliée, pendant si longtemps, de lui donner pour époux.
--Eh bien, quoi? fit Karzof, chez qui l'intelligence n'était pas élevée à la hauteur d'une vertu. Sa femme le regarda d'un air qui lui disait doucement: Tu n'es qu'un bien pauvre sire!
Puis elle haussa les épaules et s'appuya sur la table pour lui parler plus confidentiellement.
--Nous avons peut être eu tort de vouloir marier Antonine pendant qu'elle pensait à un autre, dit-elle; j'avais cru qu'elle oublierait, elle n'a pas oublié. Avec le temps, cela viendra, mais à présent,.. Si l'affaire n'était pas si engagée, j'aurais préféré rendre sa parole à Titolof.
--Rendre la parole au général! s'écria Karzof, comme si une maison lui était tombée sur la tête.
--Ne crie pas si fort, il est inutile qu'elle entende. Oui, rendre la parole au général. Après tout, je me soucie peu du général; Antonine est notre fille, et je veux qu'elle vive!
Madame Karzof fondit en larmes. Son mari, plus hébété que jamais, la regardait la bouche ouverte et ne trouvait pas de paroles.