--Ah! diable! pensa Jean, on lui avait défendu les émotions... Bah! celle-là ne peut pas lui faire de mal! Il reprit avec plus de précaution:

--Mon père vient de dire à Titolof que tu es malade, et que, comme le général est plus pressé d'avoir une femme que nous de nous séparer de toi, il ait à se pourvoir ailleurs. Es tu contente?

--Ah! s'écria Antonine avec un cri déchirant, trop tard, trop tard!

A ce cri, les parents qui étaient restés dans le salon, sans se douter de l'incartade de leur fils, accoururent à la hâte.

--Pardon, pardon, mes chers parents, s'écria Antonine, j'ai douté de vous, j'ai cru que vous ne m'aimiez pas assez... Pardon! qu'ai-je fait!

Elle se tordait les mains et les regardait avec des yeux suppliants, pendant que de grosses larmes coulaient sur sa robe de chambre.

--Elle a le délire, s'écria la mère,--vite un calmant, ses poudres...

Elle ouvrit le tiroir où de tout temps on avait mis les médicaments destinés aux enfants, et poussa un cri.

--Malheureuse! qu'as-tu fait!

--Pardon, pardon, dit Antonine, en se laissant retomber sur l'oreiller.