--Soit, répondit Ilioucha, je sens les verges sur mon dos, et ma carcasse, si je survis, ira pourrir en Sibérie. Vous l'aurez voulu, frères! Que votre volonté soit faite. Je ne cherchais que votre bien.

Il alla s'asseoir sur une chaise, le dos tourné.

--Qu'est-ce que tu nous donneras, si nous te laissons la vie sauve? dit alors un des paysans, pendant que les autres, indécis, regardaient Ilioucha, qui ne voyait plus rien autour de lui.

--Je vous donnerai le pré qui est au bord de la rivière pour y faire paître vos bestiaux, dit Bagrianof qui se sentit sauvé.

Ce pré était le plus beau pâturage des environs, l'envie du district entier. Inondé chaque année par les crues, il produisait un fourrage abondant qui rapportait à lui seul un millier de roubles argent. Les paysans, vaincus, se regardèrent.

--Tu promets aujourd'hui, et demain tu renieras tes promesses, dit le plus décidé. Sur quoi promettras-tu?

--Sur le salut de mon âme!

--Cela ne suffit pas, dit le paysan. On pèche, puis on se repent, et le Seigneur est miséricordieux. Jure sur autre chose.

--Sur la croix! dit Bagrianof, les yeux brillants de joie.

On apporta la croix.