A l'entrée de Bagrianof, un mouvement de curiosité se produisit parmi les consommateurs; des tables les plus reculées, on tendit le cou pour apercevoir le terrible seigneur à la barbe blanche, dont les nourrices évoquaient l'image comme celle de croquemitaine, pour effrayer les enfants.

Plus flatté que blessé de cette curiosité, Bagrianof porta la main au bord de son chapeau.

--Bonjour, messieurs, dit-il.

Un bonjour timide lui répondit. Si personne n'était empressé de frayer avec lui, chacun craignait de s'attirer son inimitié.

Un garçon s'empressa de passer un essuie-main sur une table devenue vacante comme par enchantement, et Bagrianof s'assit en prenant ses aises. Le silence continuait à régner dans la salle; l'hôte s'approchait obséquieux, et salua jusqu'à terre.

--Que faut-il à Votre Seigneurie? dit-il d'une voix douce.

--Ma Seigneurie veut à dîner; ce que tu as de meilleur, et vite surtout!

Un menu succulent fut bientôt arrêté.

--Et des confitures, ajouta Bagrianof. J'aime les confitures.

L'hôte disparut comme une ombre chinoise.