Là aussi il retrouva le regard qui l'avait frappé à l'église: quelques-uns, parmi le bétail découvert devant lui, avaient des yeux humains qui semblaient l'interroger. Il les nota soigneusement dans sa mémoire.
Comme il parcourait de l'oeil son troupeau, il vit un jeune homme se détacher d'un groupe en haussant les épaules et en secouant dédaigneusement la main droite; après avoir fait quelques pas dans la direction de sa maison, le jeune paysan remit son bonnet fourré et continua sa route à grandes enjambées.
--Savéli! Hé! Savéli! cria Bagrianof de sa voix la plus nette.
Le jeune homme continua sans paraître l'entendre.
--Savéli! répéta Bagrianof d'une voix de tonnerre.
--Qu'ordonnez-vous? répondit le jeune homme sur le même ton, sans ôter son chapeau.
--Viens ici, dit le seigneur d'un ton doux et bienveillant.
Le jeune homme revint sur ses pas et s'arrêta devant Bagrianof.
--Pourquoi es-tu parti? lui demanda le maître.
--Parce que j'avais froid! répondit le jeune indiscipliné.