--Est-elle jolie? dit le jeune homme avec un vague battement de coeur.
Cette jeune fille, revenant au domaine de ses ancêtres si longtemps après une catastrophe, avait pour lui quelque chose de romanesque et de mystérieux.
--Elle est jolie, répondit le père Vladimir, et elle est bonne.
--Quel âge a-t-elle?
--Quinze ans et demi, je crois. Et le prêtre retomba dans sa méditation. Le soleil allongeait de plus en plus ses rayons, qui rayaient presque le gazon: la terre semblait flotter dans un nuage d'or rougi. Prétextant la fatigue, Philippe prit soudainement congé du père Vladimir, et s'en alla vers sa maison. Arrivée au bout de l'avenue, il s'assura que le prêtre ne le voyait plus et prit la route extérieure qui conduisait à la rivière en longeant le jardin.
Il marchait lentement, les yeux à terre en apparence, mais en réalité regardant du coin de l'oeil la maison nouvellement bâtie, dont les fenêtres débordaient de verdure. Une robe blanche se montra à l'intérieur, une tête blonde avec deux yeux lumineux apparut parmi les branches fleuries et disparut aussitôt.
--Grand'mère, dit Catherine, voilà un jeune homme qui passe sur le chemin.
--Un paysan? demanda madame Bagrianof.
--Non, un jeune homme Je la ville, probablement.
--Ah! j'y suis, répondit l'aïeule: ce doit être le fils de Savéli. C'est un arpenteur; on dit qu'il est bien élevé. Appelle-le.