--Je vous ai trompé, monsieur, lui dis-je, mais c'était bien sans le vouloir.
Le visage de mon gendre exprima une anxiété de bon ton.
--Lorsque vous avez épousé ma fille, continuai-je, tout le monde me croyait bien malade, et, moi-même, je n'ai consenti à me séparer de Suzanne que dans la prévision d'une fin prochaine.
M. de Lincy fit un geste aimable qui semblait dire: Ne parlez donc pas de ces vilaines choses-là! Mais je n'étais pas d'humeur à me laisser émouvoir.
--Suzanne se trouvait donc alors non-seulement convenablement dotée, mais encore elle vous apportait, dans un avenir prochain, ce qu'on est convenu d'appeler de très-belles espérances...
M. de Lincy m'écoutait avec une attention si soutenue qu'il oublia de conjurer poliment au passage ce mot de mauvais goût.
--Voici que,--heureusement ou malheureusement, car tout dépend des points de vue, --mon médecin s'était trompé du tout au tout, en prenant les symptômes accessoires d'une maladie pour une altération organique... Mais ce serait très-long et peu intéressant...
--Comment donc! murmura M. de Lincy, ces détails, au contraire, sont de l'intérêt le plus puissant. Qui est votre médecin?
--Le docteur D...
--Il est très-fort, très-fort, murmura M. de Lincy. Eh bien?