Depuis quelques jours je trouvais Suzanne plus agitée, plus nerveuse encore que de coutume; ses visites, toujours fréquentes, étaient plus courtes. Le plus souvent, elle ne faisait qu'entrer et sortir. Un soir qu'elle était venue vers neuf heures, après s'être laissée tomber en entrant dans un fauteuil, elle se releva tout à coup comme par un ressort, rajusta ses bandeaux toujours ébouriffés et m'embrassa comme pour s'en aller.
--Déjà? lui dis-je. Nous ne nous parlions guère, mais c'était encore du bonheur que d'être ensemble.
--Oui, dit-elle, je m'en vais. Elle serrait nerveusement contre elle les plis de son burnous.
--Veux-tu de l'argent? lui dis-je; il y a longtemps que tu m'en as demandé.
--Non, merci, dit-elle. Combien m'as-tu donné à peu près, depuis les premiers dix mille francs?
--Nous voici bien près de vingt mille.
--C'est bien ce que je pensais, répondit-elle d'un air préoccupé.
--Mais tu sais, lui dis-je en l'attirant à moi, tu sais que tout est à toi, qu'il n'y a pas une obole à moi qui ne t'appartienne?
Elle me serra fébrilement contre elle, m'embrassa et sortit sans parler. Ma belle-mère, qui la regardait tristement, n'essaya pas de lui rappeler sa présence Depuis que nous étions si malheureux, sa jalousie puérile avait totalement disparu.
--Si j'étais vous, mon gendre, me dit-elle après que nous eûmes bien regardé les chenets sans rien dire, j'irais voir un peu cette maison-là. Il me semble que tout n'y va pas bien.