--Qu'il y vienne! murmurai-je entre mes dents.

--Je vous ferai observer; continua-t-il, que je vous parle en ami; que ferez-vous si votre gendre découvre votre retraite et vous fait sommer de lui rendre sa femme?

--Je n'en sais rien, répondis-je en essayant de me calmer. Si cette occasion se présente, je trouverai sans doute un dénouement à la situation; mais en ce moment, après ce qui s'est passé, je ne peux y penser de sang-froid.

--Ne voudrait-il pas mieux demander une séparation, et obtenir que votre fille, en attendant, vînt demeurer chez vous?

--Peut-elle y rester dès à présent? tout de suite?

--Tout de suite, non, peut-être, mais demain.

--Demain? Pour qu'elle passe encore vingt-quatre heures seule avec cet infâme? Mais songez donc qu'il m'a dit, à moi, son père, qu'il la battrait quand il serait sûr de n'être pas vu!

Le notaire enfonça son menton dans sa cravate et réfléchit. J'étais lancé, je continuai:

--Et cette séparation, êtes-vous sûr que je l'obtiendrai? Pouvez-vous me garantir que la loi me rendrait ma fille? A ma place, que feriez-vous?

--Je ne suis sûr de rien, répondit le notaire; je ne sais rien; je vous parle comme peut et doit parler un homme calme qui juge les choses de loin; mais si j'étais à votre place, j'ignore absolument ce que je ferais.