L'image menaçante de madame Gauthier se dressa devant moi, et je reculai mentalement devant sa vengeance.
--Ma maison est en ordre, cousine Lisbeth, dis-je tranquillement, et nous voulons rester seuls, Suzanne et moi. Avez-vous des amis à Paris? je vous aurais engagée à aller les voir.
Lisbeth perdit tout à fait contenance.
--Mon Dieu, dit-elle, je ne connais personne, j'étais venue pour rester chez vous, pour vous rendre service... Vous n'allez pas me renvoyer comme ça!
La douleur de ma cousine était sincère, et je faillis m'y laisser prendre, mais la raison, cette conseillère à tête reposée, me souffla que si je permettais à Lisbeth de passer une nuit sous mon toit, je ne pourrais plus jamais me débarrasser d'elle.
--Nous allons d'abord vous offrir à déjeuner, cousine, lui dis-je, et je sonnai.
Pendant qu'on préparait quelques réconfortants, Suzanne, qui s'était fait descendre de sa chaise, avait considéré notre visiteuse, à distance d'abord, et puis de plus près; le bon regard l'attirait, le mouchoir à carreaux la repoussait, mais le sac fut tout-puissant, et elle finit par s'en approcher, le regarder avec soin, mettre sa menotte dedans, et en retirer parmi divers objets, étonnés de se voir réunis au grand jour, une paire de lunettes dans son étui. Ces lunettes firent sa joie, et, pour obtenir le bonheur de les toucher, elle se décida à se laisser embrasser par Lisbeth, qui la mangea de caresses sincères, j'eus tout lieu de le croire.
Quand la cousine eut fini de déjeuner, je regardai ma montre.
--Voulez-vous voir Paris? lui dis-je.
--Ah! Seigneur Dieu, non! s'écria-t-elle.